Angela Grauerholz | The Empty S(h)elf, deuxième itération

The Empty S(h)elf, deuxième itération

Angela Grauerholz

en collaboration avec Réjean Myette
paysage sonore de Melissa Grey + David Morneau

4 novembre – 17 décembre 2022
vernissage : 3 novembre 2022 17h00-20h00

English follows.

L’installation de l’artiste Angela Grauerholz à la galerie Occurrence constitue la deuxième itération de l’œuvre intitulée The Empty S(h)elf dans laquelle elle poursuit ses explorations en lien avec les concepts d’expérience subjective et avec le rôle du langage dans la définition du soi. Prenant forme à partir d’une archive, toujours en expansion, de matériaux visuels et textuels recueillis sur plusieurs années, la première itération du projet, présentée à Artexte en novembre 2019, s’intéressait aux effets aliénants de la numérisation sur presque tout, en particulier sur le livre, provoquant effectivement un désengagement progressif des formes multi-sensuelles de lecture et d’écriture, et un désassemblage potentiel de la cohérence de la pensée.

Cette fois-ci, The Empty S(h)elf engage l’archive dans une réflexion plus directe sur le rôle du langage et de la subjectivité : il s’agit ici de voir comment l’acquisition d’une langue définit le sentiment de soi et sépare simultanément le soi de l’autre : l’être primordial qui existe en dehors du langage. Dans ce cas, l’« autre » est représenté par le personnage principal d’un récit de Franz Kafka intitulé « Rapport pour une académie » : un singe raconte comment il a survécu et s’est échappé de la vie dans un zoo en imitant les actions humaines, pour finalement adopter la parole et devenir un artiste du cirque. On pourrait y voir une analogie avec la construction du soi, voire même avec l’acte de « s’échapper » pour devenir artiste.

Cette itération du projet a commencé par un simple outil d’IA permettant de créer des « nuages de mots-clés » [word clouds] pour procéder à une analyse sémantique, principalement quantitative. Le logiciel a été conçu afin de mettre en évidence les mots les plus souvent utilisés dans un texte donné. Cependant, les nuages de mots-clés sont aussi un autre moyen de donner une forme visuelle à un matériau textuel, sujet qui, depuis la découverte par Grauerholz d’Un coup de dés… de Mallarmé il y a plusieurs années, n’a cessé de l’intéresser. L’exploration d’autres manières de (re)présenter un texte (citations, passages, poèmes, histoires) avec la typographie entraîne un façonnement du sens au moyen d’interventions matérielles et typographiques. L’artiste travaille donc implicitement – et parfois littéralement – dans un « espace visuel » qu’on pourrait définir comme étant quelque part entre le numérique et l’analogique (généré par ordinateur et littéraire), l’abstrait et le déconstruit, mais qui se lit comme un tout intégré.

Ici, le texte de Kafka a été analysé et déconstruit par Grauerholz afin de créer une liste de mots et de fragments de phrases formant un « nuage de mots-clés » : une première représentation visuelle, ou image typographique, qui suggère simultanément une interprétation très personnelle du récit, en nous dirigeant sélectivement dans sa lecture. Cette première « trame » de mots et de phrases a été traitée de manière complémentaire en animant les mêmes mots et phrases dans une projection de film afin de (re)créer une linéarité et un rythme : un retour au récit, mais dans une forme abrégée. À partir de là, l’interprétation suggérée est étoffée par l’ajout d’images, animées ou fixes, y compris des références historiques aux premières animations photographiques. Une série de citations abordant les notions de mimésis, d’être humain ou d’être animal, de dualités corps/esprit, de mondes réels et imaginaires, de conscience, et un grand nombre d’autres questions ajoutées pour entrer en résonance avec les thèmes abordés dans le récit de Kafka et également pour trouver une correspondance conceptuelle avec les questions soulevées dans les théories de l’art contemporain et/ou de la création artistique.

Avec cette dernière version de The Empty S(h)elf, Angela Grauerholz poursuit sa collaboration de longue date avec le graphiste Réjean Myette. La compositrice Melissa Grey revient avec son collaborateur David Morneau pour signer le paysage sonore de cette itération de l’œuvre.

Ce projet se concrétise près de 40 ans après la performance « Lecture to an Academy » de David Tomas (1983), documenté à l’époque par Angela Grauerholz.

Une brochure documentant l’installation sera disponible vers la fin de l’exposition.

L’artiste souhaite remercier le Conseil des arts du Canada pour sa contribution financière à la phase de recherche de ce projet d’exposition. Merci aussi à Réjean Myette pour sa collaboration continue, à Noémie Da Silva, à L’imprimerie, ainsi qu’à Melissa Grey + David Morneau pour leur paysage sonore.

BIOGRAPHIES

Angela Grauerholz

Les œuvres de l’artiste-photographe et graphiste Angela Grauerholz ont été présentées et collectionnées au Canada et à l’étranger. Elle a participé à de nombreux événements internationaux d’envergure, dont la Biennale de Sydney (1990), Documenta IX (1992), Carnegie International (1995) et la Biennale de Montréal (2004). Elle a reçu plusieurs prix prestigieux pour ses réalisations dans le domaine des arts, dont le Prix Paul-Émile Borduas (Québec, 2006), le Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques (Ottawa, 2014) et le Scotiabank Photography Award (Toronto, 2015).

Son travail a également été présenté dans le cadre de nombreuses expositions individuelles, par exemple au Westfälischer Kunstverein (Münster, 1991), au MIT List Visual Arts Center (Cambridge, Mass., 1993), au Museum of Contemporary Photography, Columbia College (Chicago, 1999), à l’Albright-Knox Art Gallery (Buffalo, 1999), à la Power Plant (Toronto, 1999), au Blaffer Art Museum, University of Houston (2004), à VOX, centre de l’image contemporaine (Montréal, 2006), et à la Vancouver Public Library (2008).

L’exposition Angela Grauerholz (photographies 1990 – 1995), organisée par le Musée d’art contemporain de Montréal a par ailleurs été présentée dans plusieurs institutions au Canada, en Allemagne et en France (1995-1996). En 2010, le Musée des beaux-arts du Canada organisait une exposition rétrospective de son travail, qui était par la suite présentée au Centre d’art de l’Université de Toronto en 2011. À l’occasion de la remise de son Scotiabank Photography Award, le Ryerson Image Centre de Toronto organisait une autre importante exposition rétrospective sur sa pratique (2016).

En tant que professeure titulaire à l’École de design de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), elle a enseigné la typographie et la photographie de 1988 à 2017. Elle y a également dirigé le Centre de design de 2008 à 2012. En 2019, l’Emily Carr University of Art + Design lui décernait un doctorat honorifique en lettres.

Réjean Myette

Réjean Myette dirige un studio de design graphique spécialisé dans la communication visuelle. En 2004, il commence à collaborer avec Angela Grauerholz sur des réalisations vidéographiques qui ont évolué vers l’exploration d’autres médias comme la conception d’expositions, l’expérimentation de la typographie et du langage ainsi que la photographie et l’animation.
www.fugazi.ca

Melissa Grey et David Morneau

Melissa Grey et David Morneau sont des compositeurs-producteurs qui conçoivent une musique pour le cerveau humain, nourrie par des thèmes élémentaires : le temps, l’espace, la nature, le langage, la danse. Melissa a déjà collaboré à plusieurs reprises avec Angela et Réjean, dont la composition-vidéo Appassionata en 2010.
http://artisteordinaire.org
http://flowercat.org

The Empty S(h)elf, second iteration

Angela Grauerholz

in collaboration with Réjean Myette
soundscape by Melissa Grey + David Morneau

4 November – 17 December 2022
Opening: 3 November 2022 5-8 pm

The installation of The Empty S(h)elf at Occurrence represents the second iteration of Angela Grauerholz’s ongoing exploration into concepts of subjective experience and the role of language in self-definition. Taking form from an ever-expanding archive of visual and textual materials collected over several years, the first iteration of the project, shown at ARTEXTE in November 2019, looked at the alienating effects of digitalization on just about everything, especially the book: effectively causing a gradual disengagement from multi-sensual forms of reading and writing, and a potential disassembling of coherence of thought.

This time, The Empty S(h)elf engages the archive in a more direct reflection on the role of language and subjectivity: here concerned with how the acquisition of language defines one’s sense of self and simultaneously separates self and other—the primordial being that exists outside of language. In this instance, the “other” is represented by the main character in a story by Franz Kafka entitled “A Report to an Academy”: an ape recounts how he survived and escaped life in a zoo by mimicking human actions, eventually adopting speech to become a circus performer. An analogy to the construction of the self and even the “escape” into becoming an artist might be suggested.

This iteration of the project began with a simple AI tool to create “word clouds” for semantic—primarily quantitative—analysis. The software was designed to highlight the words most often used in any given text. However, word clouds are also another way of giving textual material a visual form which, since Grauerholz’s discovery of Mallarmé’s Un coup de dés… many years ago, has become a constant interest of hers. Exploring alternative ways to (re)present text (quotes, passages, poems, stories) typographically involves shaping meaning through material and typographical intervention. The artist, therefore, works implicitly—and sometimes literally—in a “visual space” that one could define as being somewhere between digital and analogue (computer-generated and literary), abstracted and de-constructed, but that is readable as an integrated whole.

Kafka’s text was analysed and deconstructed by Grauerholz to create a list of words and fragments of phrases that would form such a “word cloud”: a first visual representation or typographic image, which already suggests a highly personal interpretation of the story, by selectively directing the viewer/reader through its reading. This first “scoring” of words and sentences received additional treatment by animating the same words and sentences into a film projection to (re)create linearity and rhythm—a return to the narrative, but in an abridged form. From here the suggested interpretation was further layered by adding images—both animated and still—including historical references to early photographic animation. A series of citations addressing notions of mimesis, of being human or being animal, of mind/body dualities, issues of reality and imaginary worlds, consciousness, and a host of other issues are added to resonate with the themes addressed in Kafka’s story and also to find conceptual correspondence to issues in contemporary art theory and/or art making.

This second iteration of The Empty S(h)elf continues Grauerholz’s long-standing collaboration with graphic designer Réjean Myette. Composer Melissa Grey returns with her collaborator David Morneau contributing the soundscape for this iteration of The Empty S(h)elf.

This exhibition project comes almost 40 years after David Tomas’ performance « Lecture to an Academy” (1983), at the time documented by Angela Grauerholz.

A brochure to document the installation will be made available toward the end of the exhibition.

The artist wishes to thank the Canada Council for the Arts for its financial contribution to the research phase of this exhibition project. Thanks also to Réjean Myette for his ongoing collaboration, to Noémie Da Silva, to L’imprimerie, and to Melissa Grey + David Morneau for their soundscape.

BIOGRAPHIES

Angela Grauerholz

The work of artist/photographer and graphic designer Angela Grauerholz has been exhibited and collected widely in Canada, the United States, and Europe. She has participated in many international events of distinction including the Sydney Biennale (1990), Documenta IX (1992), the Carnegie International (1995) and the Montréal Biennale (2004). She was awarded several prestigious prizes for her accomplishments in the arts, such as Québec’s Prix Paul-Émile Borduas (2006), the Canada Council’s Governor General Award in Visual and Media Arts (2014), and in 2015, the distinguished Scotiabank Photography Award (Toronto).

Amongst a selection of many solo exhibitions, her work was shown at the Westfälischer Kunstverein, (Münster, 1991), the MIT List Visual Arts Center, (Cambridge, MA, 1993), the Albright-Knox Art Gallery (Buffalo, 1999), the Power Plant (Toronto, 1999), the Museum of Contemporary Photography, Columbia College (Chicago, 1999), the Blaffer Art Museum, University of Houston (2004), VOX, Contemporary Image Centre, Montreal (2006), and the Vancouver Public Library (2008). Angela Grauerholz (photographies 1990 – 1995), a survey exhibition organized by the Musée d’art contemporain de Montréal in 1995, travelled to several institutions in Canada, Germany and France (1995-96). In 2010, the National Gallery of Canada in Ottawa mounted a retrospective exhibition of her work, consequently shown at the University of Toronto Art Center in 2011. In conjunction with the Scotiabank Photography Award, the Ryerson Image Centre in Toronto also put together another important survey exhibition (2016).

As Full Professor at the École de design, Université du Québec à Montréal (UQAM)—where she also directed the Centre de design (2008 to 2012)—she taught typography and photography from 1988 to 2017. In 2019, the Emily Carr University of Art + Design awarded her an Honorary Doctorate of Letters.

Réjean Myette

Réjean Myette runs a graphic design studio specialized in visual communication. In 2004, he began collaborating with Angela Grauerholz on video productions, which evolved into the exploration of other media such as exhibition making, experimentation with typography and language, as well as photography and animation.
www.fugazi.ca

Melissa Grey & David Morneau

Melissa Grey & David Morneau are composer-producers who design music for the human brain, informed by elemental themes: time, space, nature, language, dance. Melissa Grey has already collaborated with Angela and Réjean on several occasions, amongst which the video-composition Appassionata in 2010.
http://artisteordinaire.org

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