Marisa Portolese | Goose Village

Dad on Forfar Street 2020, Goose Village

20 janvier – 11 mars 2023
vernissage : le jeudi 19 janvier 2023, 17h-20h

English follows

Le passé connu de Goose Village, quartier du sud-ouest de Montréal qui fut démoli en 1964, est toujours évoqué avec tendresse par les personnes qui y ont vécu et qui l’appellent encore leur chez-soi. La volonté de mettre au jour et de creuser profondément l’histoire de ce quartier autrefois florissant n’est pas seulement motivée par mon intérêt de longue date pour les genres du portrait et du récit oral, ou par les fondements de ma pratique artistique. Elle est intrinsèque à mes racines dans la ville et à mon identité en tant que Canadienne de deuxième génération. Si je suis inexorablement liée à cette communauté manifestement très unie, c’est en raison de mon héritage, étant issue d’une famille immigrante, et puisque c’est là que les membres du côté paternel de ma famille se sont installés quand ils émigrèrent de la Calabre en Italie.

Goose Village, ou Village-aux-Oies, est situé sur un territoire autochtone non cédé. Il se trouve entre le pont Victoria et le canal de Lachine, du côté sud de Pointe-Saint-Charles, près du fleuve Saint-Laurent. L’arrondissement de six rues était autrefois d’une très grande richesse culturelle. Au début des années 1900, la démographie était composée de gens d’origine britannique, irlandaise, canadienne-française et écossaise. Cependant, la structure de la population du quartier a changé après les Première et Seconde Guerres mondiales, avec l’arrivée de gens de la Pologne et de l’Ukraine, et avec la troisième et plus grande vague de migration en masse depuis l’Italie. À la fin des années 1950, Goose Village était en grande partie composé d’immigrants et d’immigrantes venus d’Italie.

En 1964, en préparation d’Expo 67, l’administration municipale du maire Jean Drapeau (1954-1957, 1960-1986) décréta la démolition du quartier en entier pour faire place à l’éphémère Autostade, un centre sportif, et à son parc de stationnement, rasant 350 immeubles et expropriant 1500 personnes. Malheureusement, comme c’est souvent le cas en développement urbain et en période de modernisation, les voix et les opinions des résidents et résidentes ne furent pas entendues ou respectées durant le processus décisionnaire. Ajoutant l’insulte à l’injure, l’Autostade a connu la décadence moins de dix ans plus tard et fut démoli en 1976.

Le village a depuis disparu des cartes de Montréal, oblitérant dans les faits certains groupes ethniques du tissu socioculturel de ce site sous-estimé. Goose Village est maintenant un parc de stationnement et un lugubre terrain vague. Via des cartes mémoire, des interviews portant sur l’histoire orale, le portrait, le paysage urbain et un regard forensique sur plus de 1600 images historiques du quartier abritées aux Archives de la Ville de Montréal, le projet Goose Village montre comment de mauvaises décisions prises en urbanisme contribuent à l’effacement physique et psychique de communautés de la classe ouvrière ; c’est ainsi que ma famille et mes proches ont vécu leurs expropriations. Mon objectif est double : d’une part, mettre en lumière les conséquences destructrices de programmes politiques à court terme et les malheurs capitalistes issus d’événements marquants qui entraînent le déplacement d’une communauté ; d’autre part, commémorer les souvenirs de personnes ayant vécu dans le village en explorant un sentiment de lieu et d’identité culturelle à travers un prisme autobiographique et compréhensif.

BIOGRAPHIE

Marisa Portolese est canadienne-italienne et est née à Montréal, au Québec. Elle est professeure agrégée au programme de photographie de la Faculté des beaux-arts de l’Université Concordia. Le portrait, la représentation des femmes, le récit, l’autobiographie, la figure dans la nature, l’héritage culturel et l’immigration sont des sujets majeurs et récurrents dans sa pratique. Elle produit souvent des photographies couleur à grande échelle, riches en références picturales qui se concentrent sur l’élucidation des facettes des expériences humaines en relation avec les environnements psychologiques et physiques, liées à des thèmes plus larges concernant l’identité et le public. Elle tente de tisser le geste, l’affect et les nuances du regard, pour créer un paysage immersif et émotionnel.

Après avoir obtenu une maîtrise en beaux-arts de l’Université Concordia en 2001, elle a réalisé de nombreux projets photographiques, qui ont été salués par la critique et été largement présentés au Canada, en Europe et aux États-Unis. De 2017 à 2019, elle a été artiste en résidence au Musée McCord à Montréal ; son travail au cours de cette résidence a abouti en une exposition solo et à la publication d’un catalogue intitulées Dans le Studio avec Notman. Parallèlement à ses expositions, des critiques ont écrit sur son travail dans divers magazines, revues, journaux, livres d’art et périodiques. Trois monographies lui ont également été consacrées : Un chevreuil à la fenêtre de ma chambre (2003), Antonia’s Garden (2012) et Dans le Studio avec Notman (2018). Elle est lauréate de plusieurs prix et de nombreuses bourses des Conseils des arts du Canada et du Québec, ainsi que du Conseil de recherches en sciences humaines. En 2022, elle a également reçu une bourse de recherche de l’Université Concordia. En plus, ses œuvres font partie de nombreuses collections muséales, particulières et d’entreprises.

Le projet Goose Village a été généreusement financé par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.

Goose Village

Marisa Portolese

20 January – 11 March 2023
Opening: Thursday, 19 January 2023, 5-8 pm

The storied past of Goose Village in the southwest region of Montreal, demolished in 1964, still harbours fondness from the people who once lived there and called it home. The quest to unearth and dig deep into the history of this once thriving neighbourhood is not only motivated by my longstanding interest in the genres of portraiture and storytelling or the social underpinnings of my art practice. It is intrinsic to my roots in the city and identity as a second-generation Canadian. I am inexorably linked to this ostensibly tight-knit community because of my immigrant and familial heritage, as it is where the paternal side of my family settled when they emigrated from Calabria, Italy.

Goose Village is located on unceded Indigenous territory. It sits between Victoria Bridge and the Lachine Canal on the south side of Pointe-Saint-Charles near the St. Lawrence River. This six-street borough was previously a plethora of cultural richness. In the early 1900s, the demographic was a mix of British, Irish, French-Canadian and Scottish citizens. However, the structure of the neighbourhood’s population shifted after the outbreak of the First and Second World Wars with the arrival of people from Poland and Ukraine and with the third and largest wave of Italian mass migration. By the late 1950s, Goose Village was mainly made up of Italian immigrants.

In 1964, in anticipation of Expo 67, the city administration of Mayor Jean Drapeau (1954-1957, 1960-1986) demolished the entire neighbourhood to make way for the short-lived venue of the Autostade, a sports arena and its adjoining parking lot, eradicating 350 buildings and exiling 1,500 people from their homes. Unfortunately, as often happens in urban development and modernization periods, the residents’ voices and opinions were not acknowledged or respected in this decision-making process. Adding insult to injury, the Autostade faced its demise less than a decade later and was dismantled in 1976.

The village has since disappeared from Montreal maps, effectively obliterating certain ethnic groups from the cultural and social fabric of this undervalued site. Goose Village is currently a parking lot and a dismal terrain vague. Via memory mapping, oral history interviews, portraiture, the urban landscape, and a forensic gaze into more than 1,600 historical images of the neighbourhood housed at Les Archives de la Ville de Montréal, the Goose Village project signals how poor urban planning decisions play a role in the physical and psychical erasure of working-class communities, as my family and friends experienced the expropriations. The purpose is two-fold: to highlight the destructive consequences of short-term political agendas and capitalist ills of hallmark events that cause community displacement, and to commemorate the villagers’ memories by investigating a sense of place and cultural identity through an autobiographical and empathetic lens.

BIOGRAPHY

Marisa Portolese is a Canadian-Italian, visual artist born in Montreal, Quebec. She is an Associate Professor in the Faculty of Fine Arts at Concordia University. Portraiture, representations of women, and figures in nature are recurrent subjects in her artistic practice. Autobiography and familial and cultural heritage are equally prominent themes explored through the genre of storytelling, the narrative still and moving image. She often produces large-scale colour photographs, rich in painterly references that concentrate on elucidating facets of human experiences in relation to psychological and physical environments regarding identity and spectatorship. She attempts to weave together gesture, affect, and the nuances of the gaze, to create an immersive and emotional landscape for the viewer.

Upon graduating with an MFA degree from Concordia University in 2001, she has produced many photographic projects, which have received critical acclaim and featured in numerous solo and group exhibitions widely shown in Canada, Europe and the United States. From 2017 to 2019, she was the Artist in Residence at the McCord Museum in Montreal; her work during this residency culminated as a solo show and a catalogue publication entitled In the Studio with Notman. Alongside her exhibition record, critics have written about her work in various journals, magazines, newspapers, art books and periodicals, and she has three published monographs: Un chevreuil à la fenêtre de ma chambre (2003), Antonia’s Garden (2012) and In the Studio with Notman (2018). She has been awarded grants from the Canada and Québec Arts Councils and the Social Sciences and Humanities Research Council, and in 2022, she received a Concordia University Research Fellow Award. In addition, her works are included in various corporate, museum and private collections.

The Goose Village project was generously funded by the Social Sciences and Humanities Research Council.